Histoire interactive·7 min de lecture
Cartographier le programme scolaire français : 6 051 notions et ce sur quoi elles reposent
La France écrit tout ce qu'un enfant doit apprendre, année par année. Elle n'écrit jamais comment tout cela s'articule. Voici la structure manquante, et le graphe entier vous attend en bas de page.
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Chapitre 1
Cent vingt-sept documents, et aucune carte
La France écrit ce que chaque enfant est censé apprendre, année par année, du premier trimestre de maternelle jusqu'à la dernière épreuve du lycée. Et elle l'écrit sérieusement : 127 documents officiels sur éduscol, education.gouv.fr et le Bulletin officiel, catalogués et vérifiés un par un, arrêtés aux textes en vigueur à la rentrée 2025 pour la voie générale, de la PS à la Terminale.
Ce qu'elle n'écrit pas, c'est comment tout cela s'articule. Un programme vous dit qu'un élève de CM1 travaille les fractions. Il ne vous dit pas sur laquelle des choses faites quatre ans plus tôt, à six ans, cette compétence repose. Tout enseignant expérimenté porte une partie de cette carte dans sa tête. Personne ne l'avait écrite comme une structure qu'on peut tenir et retourner entre ses mains.
Cette structure, c'est ceci : 6 051 notions enseignables prises une à une, reliées par 10 050 liens de prérequis vérifiés.
Chapitre 2
Ce qu'est une micro-notion
Un intitulé de programme n'est pas une chose enseignable. « Nombres et calculs » est le chapitre d'un document. Personne ne l'enseigne un mardi après-midi.
Une micro-notion est la plus petite unité qui reste une seule chose : une idée qu'un enseignant introduirait, et dont on peut dire qu'un élève l'a acquise. « Un répertoire de chansons et comptines » en est une. « Les conditions d'une écoute attentive » en est une autre. Il y en a 6 051, distillées à partir des 1 131 intitulés que les programmes officiels emploient réellement.
Chacune porte quatre faits. Un nom en français, en anglais et en italien. L'âge auquel les programmes la situent. L'intitulé officiel français dont elle vient, conservé mot pour mot et toujours à un survol de distance. Et surtout ses indices de maîtrise : deux ou trois signes concrets qu'un enfant la possède. Pour l'écoute attentive, ce sont « reste calme et concentré pendant l'écoute », « nomme ce qui aide à écouter attentivement » et « restitue des détails précis après l'écoute ».
C'est ce dernier champ qui transforme un programme, document administratif, en quelque chose qu'un parent peut réellement vérifier.
Chapitre 3
Les agents proposent, le code dispose
L'extraction a été faite par des flottes d'agents IA, et c'est en général la phrase à partir de laquelle un tel jeu de données cesse d'être digne de confiance. La règle a donc été fixée avant que quoi que ce soit ne tourne, et c'est la seule raison pour laquelle les chiffres qui suivent veulent dire quelque chose : les agents proposent, le code dispose. Chaque acte de jugement a eu lieu dans une petite unité vérifiable isolément. Chaque propriété globale, couverture, déduplication, acyclicité, validité du schéma, a été imposée par un programme plutôt qu'affirmée dans un paragraphe.
Les agents ont extrait 14 549 exigences mot pour mot de 91 documents sources. Une seconde passe, délibérément adverse, a relu chaque unité d'extraction face aux pages d'origine en cherchant les infidélités et les oublis : 229 unités validées, 15 réparées, aucune rejetée. Ce n'est qu'ensuite que les exigences ont été distillées en micro-notions, les doublons éliminés par un filtre d'embeddings, des jurys et des critiques spécialisés par discipline, avec la comptabilité exacte de ce qu'est devenue chaque exigence, retenue ou écartée.
Environ 1 700 exécutions d'agents sur trois jours. Le coûteux n'a jamais été l'extraction, mais la vérification : une relecture adverse coûte à peu près autant que la passe qu'elle audite, et la déduplication a fait tourner trois mécanismes indépendants sur les mêmes 14 549 exigences, parce qu'un seul mécanisme perd toujours discrètement de la matière.
Le texte officiel est publié par le Ministère de l'Éducation nationale sous Licence Ouverte 2.0. Le concept de visualisation est emprunté à l'os-taxonomy de Marble. 845 résumés de grappes rédigés pour les parents complètent le jeu de données.
Chapitre 4
Comment une arête mérite sa place
Une arête de ce graphe est une affirmation, et une affirmation forte : on ne peut pas vraiment faire B tant qu'on ne sait pas faire A. C'est exactement là qu'un jeu de données généré s'effondre d'ordinaire en absurdités plausibles, parce que « ces deux notions se ressemblent » et « celle-ci porte celle-là » produisent la même phrase assurée.
10 880 arêtes ont été proposées sous des règles strictes. Puis 272 jurys adverses les ont passées en revue à la recherche des faibles, celles qui n'étaient que thématiquement voisines plutôt que réellement porteuses. 830 propositions n'y ont pas survécu. Il en reste 10 050.
Après les jurys, du code déterministe a pris le relais pour imposer la seule propriété qu'aucun jury ne peut garantir : le graphe doit être acyclique. Si A exige B et que B exige A, le programme vient de vous demander d'apprendre une chose avant elle-même, et aucune prose assurée ne rend cela vrai.
Un cycle n'a pas seulement l'air faux, il détruit ce à quoi sert le graphe. Cliquez sur n'importe quel point du visualiseur et il trace la lignée complète de cette notion : tout ce qui se trouve dessous et qu'il faut maîtriser d'abord, suivi de proche en proche jusqu'à la maternelle. Ce parcours ne se termine que si le graphe est acyclique. Un seul cycle quelque part, et la lignée de toutes les notions situées en aval devient infinie.
L'acyclicité n'a donc pas été mesurée à la fin comme un indicateur de qualité. Elle a été imposée comme une contrainte, par du code, sur chaque arête, avant que le jeu de données ait le droit d'exister.
Chapitre 5
Lire l'échelle : tranches d'âge et codes de niveau
La hauteur dans le graphe, c'est l'âge. La maternelle est en bas, la Terminale en haut, et une arête pointe toujours vers le haut, de ce qui est déjà su vers ce que cela débloque.
Les six tranches d'âge sont Maternelle (3 à 5 ans), CP–CE2 (6 à 8), CM1–6e (9 à 11), 5e–3e (12 à 14), 2nde (15) et 1re–Tle (16 à 18). La couleur, c'est la discipline : dix familles, des mathématiques et du français aux arts, à l'enseignement civique et au numérique.
Les codes de niveau français ne sont jamais traduits. PS, CP, CM1, 5e, 2nde, Tle restent tels quels dans les trois langues, parce que ce sont les noms d'années réelles dans un système réel et qu'un code traduit est un code que personne ne peut retrouver. Leur sens passe par une glose : PS, c'est la petite section, la première année de maternelle ; Tle, c'est la terminale, la dernière année de lycée. La même règle vaut pour les intitulés officiels des programmes, toujours montrés en français d'origine à côté de leur traduction.
Le graphe entier est en dessous. Cliquez sur un point, et il vous montrera tout ce qui doit venir avant.
À vous de jouer
Explorez le graphe entier
Faites glisser pour tourner, cliquez un point pour tracer sa lignée
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